Dans le sens de lecture : tag à la bombe de M. Chat [Paris], dessin de chat japonais à la craie sur le sol [Düsseldorf], étiquette de chien sur une porte [Paris], tag de chien au marker [Bologne].Depuis 2001, un besoin de s'exprimer sur la rue a poussé des gens à extraire leur animal du bitume. Ça se passe en Europe, dans toutes ses capitales, de façon égale. Le motif oscille souvent entre chien et chat, l'animal est donc d'abord familier et en cela aide à s'apprivoiser le terrain. Le style est issu de l'iconographie de la bande dessinée contemporaine, des lignes claires et épurées, le principe est fonctionnel, c'est plus rapide à exécuter, on prend moins de risque. L'homme y a moins sa place, déjà trop présent dans la rue, trop complexe à dessiner peut-être, le pochoir semble de rigueur pour les tags d'omnivores.
- "To begin with," said the Cat, "a dog's not mad. You grant that?"
- "I suppose so," said Alice
- "Well, then, " the Cat went on, "you see a dog growls when it's angry, and wags its tail when it's pleased. Now I growl when I'm pleased, and wag my tail when I'm angry. Therefore I'm mad."
Alice in wonderland - Lewis Carroll - 1865
Historiquement, dans les années 80 la recrudescence d'étrons canins battait en brèche le slogan gouvernemental « apprenez leur le caniveau » et faisait naître en France les fresques civiques pour chien avec une flèche qui indique à l'intéressé la marche à suivre. Depuis l'an 2001, le terrorisme est dans le vent et le chien comme l'homme est sévèrement puni s'il abandonne un effet personnel dans un lieu publique. La lutte pour la délinquance institué par Nicolas Sarkozy a fait appel d'air. L'interdiction s'émancipant, le graffiti canin illégal est en essor.
Et le chat dans tout ça ? Le chat, il est sans doute du Chester et son père s'appellerait alors Lewis Carroll. Ses variantes chatrés des écoles d'animation d'après guerre lui ont fait pas mal de pub (cartoon américain et manga après Tezuka). Mais pourquoi le chat ? C'est un animal propre qui ne défèque pas au milieu de la rue, il ne fait pas parti des cibles privilégiées par la "Brigade Anti-Criminelle-Aidant-Ses-Aristocrates-Blancs-Légerement-Emmerdants" qui est plutôt un accessoire pour chien sans mémoire ni dignité. C'est peut être justement là qu'il faut chercher la justification : le chat est le bras d'Honneur de la rue, la défiance aux règles qui se sclérosent au lieu de s'adapter aux autres réalités. Si de surcroît il arbore un grin et qu'effacé du mur il réapparaît peu après sur un toit, plus loin, alors vous comprendrez pourquoi le chat et pas tout à fait le Saint mouton exupérien.

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